Classe de feu L : tout comprendre aux feux de batteries lithium-ion

Fiche du feu de classe L (batteries lithium-ion, nouveauté de la norme ISO 3941:2026) : une batterie en surchauffe, des exemples (téléphones, power banks, ordinateurs, motos et trottinettes électriques, kits solaires), les moyens d'extinction (agent spécifique lithium, refroidissement prolongé, surveillance) et les réflexes : repérer les signes, éloigner et débrancher, sortir et fermer la porte, appeler le 180.
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Classe de feu L : tout comprendre aux feux de batteries lithium-ion

Un téléphone qui gonfle dans une poche. Une moto électrique qui s’embrase dans une cour pendant la recharge de nuit. Une batterie de kit solaire qui part en fumée dans un salon. Ces scènes, autrefois rares, deviennent courantes — et elles ont un point commun : une batterie lithium-ion.

Le problème, c’est que ce feu-là ne se comporte comme aucun autre. Il se rallume, il dégage des gaz toxiques, il peut exploser, et l’extincteur que vous avez accroché au mur n’en viendra probablement pas à bout. Au point que la norme internationale qui classe les feux a dû créer une catégorie entièrement nouvelle : la classe de feu L.

Un mot pour nos lecteurs ivoiriens. La norme ISO 3941 est une norme internationale, pas un texte français : elle vaut partout. Les motos et tricycles électriques, les kits solaires avec batterie de stockage, les power banks et les téléphones sont omniprésents en Côte d’Ivoire, et la chaleur ambiante n’arrange rien. Ce qui suit vous concerne donc directement. Pour un dossier officiel (étude de sécurité, commission), vérifiez toujours les prescriptions de l’autorité compétente en Côte d’Ivoire.


1. Rappel : à quoi servent les classes de feu ?

Classer un feu, c’est identifier ce qui brûle. Et identifier ce qui brûle, c’est savoir avec quoi l’éteindre — et surtout avec quoi ne surtout pas l’éteindre. Jeter de l’eau sur une friteuse en feu ou sur un feu de métal ne l’éteint pas : cela provoque une projection ou une réaction violente. La classification existe pour éviter ce genre d’erreur.

Jusqu’à présent, la norme ISO 3941 distinguait cinq classes :

ClasseCe qui brûleExemples
ASolides (feux « à braises »)Bois, papier, tissu, carton
BLiquides ou solides liquéfiablesEssence, gasoil, solvants, peintures
CGazButane, propane, gaz de ville
DMétauxMagnésium, sodium, aluminium en poudre
FHuiles et graisses de cuissonFriteuse, huile de palme en cuisine
L (nouveau)Batteries lithium-ionTéléphone, trottinette, moto électrique, voiture électrique, stockage solaire

Vous remarquerez qu’il n’y a pas de classe E : le feu « électrique » n’est pas une classe à part dans la norme. Un appareil sous tension fait brûler des matériaux de classe A ou B ; le danger supplémentaire, c’est l’électrocution, pas la nature du feu.


2. Pourquoi une nouvelle classe ? Ce que change l’ISO 3941:2026

La troisième édition de la norme ISO 3941, publiée en janvier 2026, reconnaît officiellement depuis le 1er janvier 2026 une nouvelle catégorie d’incendie : la classe L, spécifiquement dédiée aux feux impliquant des batteries lithium-ion.

Pourquoi ne pas les avoir simplement rangés dans une classe existante ? Parce qu’aucune ne convenait. Contrairement à une idée encore très répandue, un feu de batterie lithium-ion n’est ni un feu électrique, ni un feu de métal au sens de la classe D. C’est un feu provoqué par une réaction chimique interne à la batterie, avec ses propres mécanismes — et donc ses propres règles de lutte.

Pour les services de secours comme pour les préventionnistes, c’est un tournant : on ne peut plus traiter une batterie en feu « comme le reste ».


3. Comprendre le feu de batterie : l’emballement thermique

Toutes les batteries lithium-ion ne se valent pas

Derrière le mot « lithium-ion » se cache une famille entière de technologies. Les batteries se distinguent par leur chimie, leur électrolyte, leur séparateur ou le format de leurs cellules. Ces différences influencent directement leur comportement en cas d’accident : certaines chimies (comme le LFP, lithium-fer-phosphate) sont réputées plus stables que d’autres, mais aucune n’est sans risque.

La réaction en chaîne

Le cœur du problème porte un nom : l’emballement thermique. Une cellule s’échauffe — à cause d’un choc, d’une surcharge, d’un court-circuit interne, d’un défaut de fabrication ou d’une exposition à la chaleur. Au-delà d’un certain seuil, des réactions chimiques internes se déclenchent et produisent elles-mêmes de la chaleur. Cette chaleur accélère les réactions, qui produisent encore plus de chaleur…

C’est une réaction en chaîne incontrôlable : la température grimpe très vite, l’énergie libérée augmente, jusqu’à une combustion intense. Et la cellule voisine, chauffée à son tour, part elle aussi. C’est ainsi qu’un pack de batterie entier s’embrase, cellule après cellule.

Les signes qui doivent vous alerter

  • une batterie qui gonfle ou se déforme (coque qui s’ouvre, écran de téléphone qui se soulève) ;
  • une batterie anormalement chaude, hors charge ou en charge ;
  • un sifflement, des crépitements, une odeur chimique inhabituelle ;
  • de la fumée blanche ou grise qui s’échappe : l’emballement a déjà commencé.

4. Les dangers spécifiques d’un feu de classe L

  • L’explosion. La pression des gaz produits à l’intérieur de la batterie peut la faire éclater, avec projection de fragments et de matières enflammées.
  • Un feu très intense et rapide, difficile à maîtriser et qui se propage vite, particulièrement en milieu confiné (pièce fermée, parking, conteneur).
  • Des gaz toxiques, notamment le fluorure d’hydrogène (très corrosif pour les poumons) et le monoxyde de carbone. Un danger majeur pour les occupants comme pour les équipes d’intervention.
  • La reprise de feu. Une batterie qui semble éteinte peut se rallumer des heures, voire des jours plus tard, parce que l’emballement continue à l’intérieur des cellules.

5. Pourquoi votre extincteur ne suffira pas

Un extincteur classique agit surtout en privant le feu d’oxygène (CO₂, poudre) ou en le refroidissant. Or, pendant l’emballement thermique, la batterie produit son propre oxygène à partir de sa chimie interne. L’étouffer ne sert donc à rien : la réaction continue à l’intérieur.

Résultat : le CO₂, la poudre ou l’eau utilisée seule ne permettent pas d’éteindre durablement ce type d’incendie. Les flammes peuvent disparaître un instant, puis repartir. C’est précisément pour cela que les feux de batteries lithium-ion ne relèvent ni de la classe D ni de la classe F, et qu’ils nécessitent des agents d’extinction spécifiques — des extincteurs dédiés « lithium » existent désormais sur le marché.

Ce que font les sapeurs-pompiers. Les doctrines actuelles reposent sur quatre piliers : un refroidissement prolongé (de très grandes quantités d’eau, longtemps, pour casser la réaction en chaîne), le confinement de la batterie, une surveillance post-intervention pour guetter la reprise de feu, et des dispositifs spécifiques (lances adaptées, couvertures anti-feu, bacs d’immersion pour les véhicules).


6. Prévention : les bons réflexes au quotidien

La grande majorité des feux de batteries peut être évitée par des conditions adaptées de recharge, de manipulation et de stockage :

  • Utilisez le chargeur d’origine ou un chargeur certifié. Les chargeurs bon marché sans protection sont une cause fréquente de surcharge.
  • Ne rechargez pas sans surveillance, ni la nuit pendant que tout le monde dort, ni sur un lit, un canapé ou un coussin.
  • Ne rechargez jamais dans un couloir, une entrée ou une cage d’escalier : si la batterie s’enflamme, elle bloque votre seule sortie.
  • Protégez de la chaleur : pas de téléphone sur le tableau de bord en plein soleil, pas de moto électrique garée au soleil puis rechargée aussitôt.
  • Ne gardez pas une batterie gonflée, percée ou qui a chuté. Ne la rechargez plus, éloignez-la de tout combustible et faites-la reprendre par un point de collecte.
  • Méfiez-vous des batteries reconditionnées ou modifiées (packs « boostés », cellules de récupération) : c’est là que se cachent les défauts.
  • Ne jetez jamais une batterie avec les ordures ménagères : écrasée dans une benne, elle peut s’enflammer.

7. Que faire si une batterie prend feu ?

  • Éloignez tout le monde : la batterie peut éclater et la fumée est toxique. Ne restez pas à respirer les fumées.
  • Si l’appareil est en charge et que c’est sans danger, coupez le courant à la prise ou au disjoncteur — sans toucher la batterie.
  • Ne tentez pas de la déplacer à mains nues ni de l’étouffer avec un drap : elle produit son propre oxygène.
  • Pour un tout petit appareil (téléphone, power bank), si vous êtes en sécurité, une grande quantité d’eau aide à refroidir — mais ne le considérez jamais comme éteint définitivement.
  • Sortez, fermez la porte derrière vous pour confiner le feu et la fumée.
  • Appelez le 180 (Sapeurs-Pompiers / Protection Civile) en précisant qu’il s’agit d’une batterie lithium-ion : cela change la façon dont les secours vont intervenir.
  • Après coup, ne reprenez pas l’appareil : laissez-le à l’extérieur, loin de tout combustible, et surveillez-le. La reprise de feu est la règle, pas l’exception.

Pour trouver le centre de secours le plus proche de chez vous, consultez notre annuaire des centres de secours de Côte d’Ivoire.


En résumé

À retenir
La nouveautéClasse de feu L, dédiée aux batteries lithium-ion — norme ISO 3941:2026, effective depuis le 1er janvier 2026
Ce n’est pasUn feu électrique, ni un feu de métal (classe D), ni un feu d’huile (classe F)
Le mécanismeL’emballement thermique : réaction en chaîne qui produit sa propre chaleur et son propre oxygène
Les dangersExplosion, feu intense et rapide, gaz toxiques (fluorure d’hydrogène, CO), reprise de feu
L’extinctionCO₂, poudre ou eau seule insuffisants : refroidissement prolongé, confinement, surveillance, agents spécifiques
Votre réflexeÉloigner, couper le courant si possible, fermer la porte, appeler le 180

Sources et pour aller plus loin

Cet article s’appuie sur le dossier documentaire Nouvelle classe de feu L (lithium-ion) du PNRS (Pôle national de ressources et de savoirs de l’ENSOSP, février 2026) et sur les références qu’il cite :

  • Incendie : la norme ISO 3941:2026 intègre une nouvelle classe de feu dédiée aux batteries lithium-ion — Face au risque : lien
  • Feux de batteries lithium-ion : intégration de la classe L dans la norme ISO 3941 — FPI2S : lien
  • Caractérisation et instruments de lutte contre le risque incendie des batteries lithium-ion — Fondation MAIF : lien
  • Comment l’emballement thermique se propage à l’intérieur d’une batterie électrique au lithium ? — Fondation MAIF : lien
  • Profil de risque des batteries Li-ion LFP — INERIS (2024) : lien
  • Batteries lithium : quels sont les risques associés et comment les prévenir ? — CNPP : lien
  • Guide sur les solutions intégrées de protection contre l’incendie pour les batteries lithium-ion — Euralarm / FFMI (2022) : lien
  • Guide opérationnel interventions d’urgence sur véhicules électriques — PNRS – ENSOSP : lien

Vous avez tout lu ? Vérifiez vos réflexes avec notre quiz feu de classe L en 20 questions. Certaines questions sont plus vicieuses qu’elles n’en ont l’air.


Cet article fait partie de notre série sur la protection incendie. Les gestes qui sauvent, à la portée de tous.