Vous arrivez sur les lieux d’un accident. Une victime au sol, des témoins qui parlent tous en même temps, une voiture en travers de la route. Par où commencer ? C’est exactement à cette question que répond le bilan secouriste : une méthode qui transforme une scène confuse en une suite d’étapes claires, pour ne rien oublier et, surtout, traiter en priorité ce qui tue en premier.
Le bilan n’est pas réservé aux médecins. Tout secouriste le pratique, du simple témoin formé aux gestes qui sauvent jusqu’à l’équipier de premiers secours. Cet article présente la démarche telle qu’elle est enseignée en formation de premiers secours en équipe : quatre regards successifs, puis la surveillance et la transmission.
Un mot pour nos lecteurs ivoiriens. Cette méthode est tirée des référentiels techniques français de premiers secours (édition juillet 2026). Les formations ivoiriennes s’appuient très largement sur ces référentiels, dont elles reprennent la logique : ce qui suit vous servira directement sur le terrain. Pour l’alerte, le numéro à composer en Côte d’Ivoire reste le 180 (Sapeurs-Pompiers / Protection Civile).
1. Qu’est-ce qu’un bilan ?
Le bilan est la phase de recueil d’informations qui permet d’évaluer une situation et l’état d’une victime, tout au long de sa prise en charge. Mené de façon structurée et rigoureuse, il assure :
- la mise en sécurité des intervenants, de la ou des victimes, des témoins et des lieux ;
- la recherche des détresses vitales et la mise en œuvre rapide des gestes adaptés ;
- une évaluation globale de l’état physique et psychique de la victime ;
- la transmission au médecin des éléments qui lui permettront d’établir un diagnostic ;
- le suivi de l’évolution de l’état de la victime.
Un détail qui n’en est pas un : l’attitude et le comportement du secouriste ont un impact direct sur la qualité des informations recueillies. Une victime rassurée, à qui l’on parle calmement, répond mieux.
2. Les trois principes du bilan
- Du global au détail. On commence toujours par une évaluation d’ensemble avant d’entrer dans le détail. Celui qui se jette sur la première blessure visible risque de passer à côté du danger qui menace tout le monde.
- Ce qui tue en premier. On recherche et on traite en priorité les atteintes les plus menaçantes pour la vie. Une hémorragie grave passe avant une fracture, une respiration absente avant une plaie.
- Le cercle de contrôle continu. Évaluer, agir, contrôler l’effet de son action, puis réévaluer — de l’abord de la victime jusqu’à la fin de l’intervention. Le bilan n’est jamais « terminé ».
Ces principes se traduisent par quatre regards successifs, chacun avec son objectif :
| Regard | Objectif principal |
|---|---|
| 1er regard | Apprécier la situation dans sa globalité : dangers pour l’équipe, la victime et l’environnement |
| 2e regard | Identifier une menace vitale et la plainte principale, en progressant vers la victime |
| 3e regard | Évaluer de façon hiérarchisée les trois fonctions vitales |
| 4e regard | Approfondir : interrogatoire, plaintes, antécédents, examen, mesure des paramètres |
3. Le premier regard : la situation
Avant de toucher la victime, on regarde la scène. Après avoir signalé son arrivée sur les lieux, l’équipe prend cette vision globale avant tout engagement. Quatre questions la guident :
| La question | Comment y répondre | Ce qu’on fait |
|---|---|---|
| « Que s’est-il passé ? » | Observer la scène, questionner les témoins et la victime | Transmettre la nature de l’intervention et les circonstances |
| Les informations de départ sont-elles justes ? | Comparer avec ce que l’on voit réellement | Corriger ou compléter les éléments transmis |
| « Y a-t-il un danger immédiat ou à venir ? » | Rechercher les dangers évidents et moins évidents, les personnes exposées | Protéger, sécuriser, appliquer les précautions standards |
| « Combien de victimes ? » | Reconnaître les lieux et leurs alentours si besoin | Signaler sans délai un grand nombre de victimes |
| Les moyens sont-ils suffisants ? | Identifier les moyens sur place et ceux qui manquent | Demander les renforts le plus vite possible |
Le piège classique : se précipiter vers la victime sans avoir vérifié le danger. Un câble électrique tombé, une fuite de gaz, une circulation non balisée — et le sauveteur devient la deuxième victime.
4. Le deuxième regard : les menaces vitales
En avançant vers la victime, le secouriste observe déjà :
- la victime dans sa globalité : genre, âge, position (allongée, assise, debout, recroquevillée…) ;
- sa conscience : on lui demande comment elle va, d’ouvrir les yeux, de serrer les mains ;
- une menace vitale qui exige une réaction immédiate ;
- la plainte principale, exprimée spontanément ou observée : attitude douloureuse, essoufflement, vigilance altérée, lésions évidentes.
Trois menaces vitales sont recherchées, et chacune appelle une action immédiate :
| Menace vitale | Action immédiate |
|---|---|
| Hémorragie externe grave | Arrêter l’hémorragie |
| Voies aériennes obstruées ou menacées | Libérer les voies aériennes ; retirer un casque de protection ; installer sur le dos une victime qui a perdu connaissance avant de rechercher sa respiration |
| Absence de réaction et pas de respiration (ou respiration anormale) | Débuter une réanimation cardio-pulmonaire |
La victime est ensuite installée dans une position adaptée à son état, en la retournant si nécessaire, avec une stabilisation du cou (rachis cervical) en cas de lésion évidente ou suspectée. Et en parallèle des gestes, toute détresse vitale constatée déclenche une demande d’avis médical ou de renfort. Pour revoir ces gestes, lisez notre article sur les gestes qui sauvent.
5. Le troisième regard : les fonctions vitales
Au contact de la victime, le secouriste se concentre sur les trois fonctions vitales, évaluées l’une après l’autre selon le principe « ce qui tue en premier » :
- la fonction respiratoire ;
- la fonction circulatoire ;
- la fonction neurologique.
On les apprécie d’abord à partir de ce que dit la victime et de ce que l’on constate. Dès qu’une détresse est identifiée, on agit immédiatement — même si l’examen n’est pas terminé — et on demande un avis médical. L’appréciation est ensuite complétée par la mesure des paramètres. La stabilisation du cou, si elle a été mise en place, est maintenue tant qu’une autre immobilisation n’a pas été décidée.
6. Le quatrième regard : le détail
Les menaces vitales sont écartées ou prises en charge : place à l’enquête. Le quatrième regard combine l’interrogatoire, l’examen et la mesure des paramètres.
Le mécanisme : que s’est-il passé exactement ?
- Un traumatisme : sa nature (chute, faux mouvement, accident de la route, victime heurtée…), son intensité (hauteur de chute, décélération…) et les détails utiles (place dans le véhicule, port du casque, de la ceinture…).
- Une atteinte circonstancielle : l’événement déclencheur (noyade, pendaison, intoxication, exposition…) et ses particularités (durée d’immersion ou d’exposition, nature du produit…).
- Une maladie : des symptômes récents, ou l’aggravation d’une maladie connue.
- Des circonstances particulières : quand on soupçonne une violence ou une tentative de suicide qui n’est pas exprimée spontanément, on formule clairement la question.
Les plaintes : la méthode PQRST
| Lettre | Ce qu’on cherche | Exemple de question |
|---|---|---|
| P — Provoqué par | Ce qui déclenche ou soulage la douleur | « Ça fait plus mal quand vous respirez ? » |
| Q — Qualité | Comment la victime décrit sa douleur ou sa gêne | « Ça serre, ça brûle, ça pique ? » |
| R — Région | Où se situe la douleur | « Montrez-moi où vous avez mal. » |
| S — Sévérité | L’intensité ressentie | « De 0 à 10, combien ? » |
| T — Temps | Depuis quand, à quel moment, première fois ou non | « Depuis combien de temps ? Ça vous est déjà arrivé ? » |
Douleur, angoisse, fatigue, troubles digestifs, paralysie, trouble de la parole ou de la vue, vertiges… sont toujours analysés en fonction du contexte.
Les antécédents : la méthode MHTAF
- M — Médicaux et chirurgicaux : maladies chroniques (asthme, diabète, épilepsie, hypertension, insuffisance respiratoire…) ;
- H — Hospitalisations ;
- T — Traitements en cours, et leurs modifications récentes ;
- A — Allergies ;
- F — Facteurs de risque : tabac, sédentarité, stress, surpoids…
La recherche des antécédents termine l’interrogatoire : elle dit dans quel état de santé se trouvait la victime avant l’événement.
L’examen et la mesure des paramètres
L’examen recherche les lésions de la peau (plaies, brûlures, contusions), les taches ou rougeurs, les hématomes, gonflements, écoulements et déformations. Viennent ensuite les mesures :
- systématiquement : fréquence respiratoire, saturation en oxygène (SpO₂), fréquence cardiaque, pression artérielle ;
- selon le contexte : glycémie capillaire, température, électrocardiogramme (secouristes habilités) ;
- des scores peuvent compléter le bilan : douleur, niveau de conscience, surface brûlée, reconnaissance d’un AVC.
À plusieurs secouristes, l’un mesure les paramètres pendant qu’un autre mène l’interrogatoire et l’examen. Et une règle à retenir : les signes cliniques priment sur les appareils. Un oxymètre peut se tromper ; une victime bleue et essoufflée, non.
7. Surveiller la victime
La surveillance suit l’évolution de l’état de la victime — y compris la sensation de froid ou de chaud — et l’efficacité des gestes réalisés. Elle commence dès le deuxième regard, ne s’interrompt jamais, et ne se termine qu’au moment où la victime est confiée à l’équipe qui prend le relais.
| Situation | Fréquence de mesure des paramètres |
|---|---|
| Détresse vitale | Toutes les 5 minutes |
| Pas de détresse vitale | Toutes les 10 à 15 minutes |
Des appareils « multiparamétriques » (fréquence cardiaque, tension, saturation, température) facilitent cette surveillance. Mais l’essentiel reste la réaction : au moindre changement d’état, on adapte immédiatement les gestes de secours.
8. Transmettre le bilan
La transmission est le compte-rendu de l’intervention, de l’état de la victime et des gestes réalisés, adressé à une autorité médicale. Elle sert à demander un avis médical, demander du renfort, décider où orienter la victime ou passer le relais. Elle doit être concise, complète, structurée, logique et chronologique.
Ce que l’on transmet dépend de la situation :
| Situation | Ce qu’il faut transmettre |
|---|---|
| Renforts nécessaires immédiatement | Nature de l’intervention, moyens déjà présents, moyens supplémentaires nécessaires ; corriger les informations de départ erronées |
| Détresse vitale constatée | Sans délai : nature de l’intervention, motif de la demande de renfort médical, sexe et âge de la victime — puis un bilan complet dès que possible |
| Pas de détresse vitale | Après l’interrogatoire, l’examen et les mesures : motif réel de l’intervention, sexe et âge, plainte principale, résultat du bilan et gestes réalisés |
Pour le témoin qui n’est pas secouriste, la logique est la même en version courte : en appelant le 180, donnez l’adresse précise, ce qui s’est passé, le nombre de victimes et leur état apparent (consciente ? respire ? saigne ?), et ne raccrochez pas avant qu’on vous le dise. Le centre de secours le plus proche figure dans notre annuaire des centres de secours de Côte d’Ivoire.
En résumé
| À retenir | |
|---|---|
| Les 3 principes | Du global au détail · ce qui tue en premier · évaluer, agir, contrôler, réévaluer |
| 1er regard | La scène : que s’est-il passé, danger, nombre de victimes, moyens |
| 2e regard | Hémorragie grave, voies aériennes, respiration : agir tout de suite |
| 3e regard | Fonctions respiratoire, circulatoire, neurologique — dans cet ordre |
| 4e regard | Mécanisme, PQRST, MHTAF, examen, paramètres |
| Surveillance | Dès le 2e regard ; toutes les 5 min en détresse, sinon 10 à 15 min |
| Transmission | Concise, complète, structurée, chronologique |
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Vous voulez apprendre à faire un bilan pour de vrai, avec mises en situation ? Consultez notre guide « Quelle formation de secourisme choisir ? ».
Cet article reprend la démarche de bilan des référentiels techniques de premiers secours en équipe (chapitre « Bilans », édition juillet 2026). Il est informatif et ne remplace pas une formation de secourisme avec un formateur.






